1. Énoncé du problème
En 2000, je devais faire une intervention sur ma pratique de la poésie et les nouvelles technologies, dont
les notes mont servi à écrire Remarques provisoires sur le
numérique1. Il se trouve que je ny ai pas tout dit de ce que je voulais énoncer.
Le sujet de mon intervention mamenait à penser lécriture dun point de vue technique, et à penser cette technique en regard dautres, nouvelles, propres à linformatique, lordinateur, la programmation, dont jaurais souhaité pouvoir présenter une idée moins mythique, ce à quoi je nétais par particulièrement préparé.
Jaurais aimé alors sérier plusieurs points qui mauraient éloigné du cur de mon sujet.
1. Il semble que la plupart des auteurs et des artistes se sont, tout comme moi, glissés dans de nouveaux outils
informatiques qui leur allaient comme un gant. Cest à croire que les ingénieurs en
informatique sétaient cachés pendant des années pour nous faire la
surprise doutils conçus tout exprès pour prolonger nos tentatives les plus audacieuses
de dépassement de lart contemporain.
Il est vrai que le monde nest pas si cloisonné quil le paraît, et quil peut être tout à fait normal que toutes les activités de lesprit convergent sans avoir nécessairement besoin de se concerter. Ça nen laisse pas moins ouverte la question sur cette direction commune, car, en règle générale, les différentes activités intellectuelles se sont quand même particulièrement bien ignorées dans la seconde moitié du vingtième siècle. Une telle convergence ne devrait donc pas manquer de questionner.
2. Une telle convergence entre lart contemporain et linformatique est partiellement masquée par son succès même, qui fait que linvention artistique finit par paraître déterminée par de nouvelles technologies, faisant oublier que tout ce à quoi celles-ci offrent leur surcroît de moyens était largement en route au moins depuis les futuristes.
3. Cependant, dès quon cesse de sillusionner sur ce que linformatique apporterait de si neuf à lart et la littérature, on est tenté de conclure quil ne lui apporte rien, si ce nest, au mieux, des moyens accrus, voire un excès de moyen dont il se sert parfois grotesquement. Sans être totalement fausse, cette façon de voir nest pas juste non plus.
4. Les termes dinformatique, ou encore délectronique, je préfère de numérique, désignent mal une réalité plus complexe, quil faudrait distinguer entre programmation, ordinateur personnel et internet.
2. De la programmation aux réseaux
Commençons pas ce dernier point. Programmation, ordinateur personnel et internet sont trois choses distinctes qui ont un rapport bien précis entre elles. La programmation nimplique pas a priori lordinateur personnel. Lordinateur a éveillé ma curiosité dans les années soixante-dix, et personne, pas plus que moi, nimaginait alors lordinateur personnel, ni même son utilité.
Naturellement, ma conception de ce que pouvait être un système dexploitation et un programme, ainsi que leur application à la production de textes aléatoires ou à contraintes, ou à structure non linéaire, a eu quelque influence sur ma façon daborder la littérature, mais je me suis très vite désintéressé de linformatique, sentant quelle était inaccessible, sauf à y faire carrière.
Ce nest quà la fin des années quatre-vingts que jai entendu parlé de lordinateur personnel, puis que je lai utilisé. Il nétait plus alors question de programmation, ni des intéressantes questions quelle soulevait sur le langage et les opérations cognitives.
Avec lordinateur personnel, linterface masquait le langage. En réalité, lordinateur personnel a moins popularisé le numérique quil ne la occulté.
Lordinateur personnel a beaucoup servi à lédition. Il la servie au début sans modifier sa nature et sa fonction. La PAO révolutionna dabord les professions du livre et de limprimé, mais rien de plus, et, comme moi, les premiers qui utilisèrent un ordinateur personnel ne sen servirent dabord que comme une machine à écrire perfectionnée, doublée dune copieuse.
Ensuite seulement vint linternet, cest à dire la possibilité de communiquer directement entre les ordinateurs personnels. Si chacune de ces étapes avait besoin de la précédente, aucune ne laissait immédiatement imaginer la suivante.
Tout le monde na pas passé ces étapes en même temps, ni de la même façon. Tous les ordinateurs nont embarqué un modem interne quà partir de 1998. Les nouveaux venus, notamment les plus jeunes, tendent et tendront exclusivement à les rencontrer maintenant dans le sens inverse. Ils apprennent à naviguer et à communiquer sur le web avant même de savoir correctement mettre en page une lettre, et sont capables de retoucher une image avant de comprendre ce quest un terminal.
Lordre dans lequel chacun aborde ces trois étapes nest peut-être pas si essentiel, mais il en résulte malgré tout certaines confusions dans les esprits que de telles expériences se soient croisées.
Synthétisons : Nous avons dabord le numérique, qui renouvelle le langage, puis lordinateur personnel, qui change le paradigme dédition, et enfin, le réseau des ordinateurs personnels, qui transforme celui de publication. Quel que soit lordre dans lequel on rencontre ces trois étapes, elles se sont succédé dans un sens, pas dans un autre.
3. Programmation et civilisation
Voyons donc comment ces techniques et les pratiques de lart, des lettres et de toutes les activités intellectuelles, y compris scientifiques, se cooptent.
Nous avons dabord lépoque de la seule programmation, qui est celle de lALAMO, celle de la synthèse granulaire de Xénakis aussi bien que de la théorie mathématique du chaos. Elles-mêmes ne se comprendraient pas si lon ne remontait à leurs sources communes : LOULIPO, lautomatisme surréaliste et la philosophie de Paul Valéry, le Cercle de Vienne (Gödel) et le formalisme mathématique (de Frege et Hilbert à Von Neumann), le positivisme logique (Whitehead, Russel) et lempirisme logique (Wittgenstein), les théories de la nouvelle musique (Shönberg, Adorno), le pragmatisme de Pierce (logique), de James (psychologique), de Poincaré (mathématique), etc.
Cest à ce stade quon peut identifier un véritable renversement de civilisation, un changement pour le moins aussi radical que put lêtre linvention de lécriture (et non pas seulement de limprimerie).
À lépoque où je découvrais linformatique, mais dune façon très théorique, je découvrais aussi louvrage de Van Vogt, Le Monde du non A. Jy vois encore aujourdhui une utopie toujours pertinente. La « machine » du roman était une très étrange idée : une machine devait sélectionner ceux qui avaient assez assimilé une philosophie du langage pour être acceptés sur la planète Vénus, où nexistaient aucune hiérarchie, aucun état ni aucun système représentatif. Je trouvai dabord saugrenue lidée quune machine remplace un jury humain, trop partial pour effectuer cette sélection, mais il me vint à lesprit que cette machine aurait dû plutôt être le dispositif à travers lequel limpétrant devait se mesurer à la pensée non-aristotélicienne, non pas en y passant un examen ou un concours, mais en la domptant. Il ne me traversa cependant pas lesprit quune telle machine aurait pu aussi bien être personnelle.
4. Lordinateur personnel
Non seulement je ne lavais pas imaginé, mais je ne remarquai même pas lapparition de lordinateur personnel. Même depuis, je ne suis pas revenu rétrospectivement sur son apparition, et je ne me livre dans ce qui suit quà des suppositions.
Je suppose donc que les premiers OP (jutiliserai à partir de maintenant le terme OP pour ordinateur personnel, plutôt que langlicisme PC, qui ne veut rien dire dans la mesure où la coutume veut lopposer au Macintosh) servaient à faire ce quon faisait déjà sur les ordinateurs qui nétaient pas personnels, à savoir de la programmation et rien dautre, et je suppose aussi que les premiers artistes qui utilisèrent des OP le firent dans le prolongement des premiers qui avaient conçu la rencontre entre art et programmation.
Comme lOP était une marchandise et quil était nécessaire daccroître son marché, il devait se mettre à la portée dun utilisateur qui nétait pas un programmeur. Il devait permettre de travailler du son, retoucher des images, dessiner des plans, écrire, mettre en page du texte, etc, tout ce à quoi servaient déjà des ordinateurs, mais sans nécessiter maintenant un spécialiste, et donc en proposant une interface claire, ne nécessitant pas de saisir une ligne de code.
Cest le moment où jai finalement pris le train en marche. Dans ce second temps, lOP ne sert pas à concevoir une uvre quelconque, mais à léditer, et il ne change rien à la façon dont on conçoit lédition. Il me permet de saisir mon texte et de le retravailler mieux quavec une machine à écrire, mais il ne change pas ma façon décrire. Il me facilite aussi la copie pour le comité de lecture ou limprimeur, jusquau moment où je donne plutôt la disquette que le texte imprimé. Il facilite donc le travail de chacun sans le transformer.
Une simple réflexion théorique, et seulement théorique, sur la programamtion, lécriture et la pensée, avait plus durablement influencé mon travail que lusage de lordinateur personnel, qui la cependant grandement facilité par le cut-up et par lextrême facilité de classement et de recomposation déléments dans un ensemble.
5. Lordinateur personnel et lédition de poésie
LOP a alors concerné les auteurs et les artistes qui navaient pas grand rapport avec la programmation et ne souhaitaient pas en avoir. Il répondait à une attente. Dans les années soixante-dix, les auteurs et les artistes eurent une forte tendance à sortir des cadres dans lesquels se cantonnait lédition. Il en résultat une multiplication de revues et de publications, dont beaucoup restaient encore conformes au modèle traditionnel, tant dans la forme que le contenu, quelquefois associées à des maisons dédition, qui se multiplièrent aussi. Beaucoup dautres allaient dans des directions contradictoires, soit vers lédition artisanale, ou dart, soit vers la photocopie bon marché, soit vers détranges mélanges des deux, comme des textes manuscrits et photocopiés reliés dans une couverture faite à la main par un plasticien.
La revue française qui incarna le mieux cette époque, et la détermina le plus, fut certainement Banana Spilt : une grosse liasse de feuille A4 agrafée, imprimée en offset, qui présentait les textes de dizaines dauteurs dans des cadres tout prêts et quil leur appartenait de remplir comme ils lentendaient, en dactylographiant, photocopiant, imprimant et recopiant à la main leur texte.
Il y eut toujours des initiatives de ce genre, mais elles se démultiplièrent autour de 1980. Elles ont continué de le faire. La principale nouveauté nétait toutefois pas dans cette prolifération, mais dans ce quelle entraînait la fin des groupes au profit du réseau. Les revues et les éditions étaient faites par une seule personne, éventuellement un couple. Tout auteur, ou peu sen faut, eut bientôt la sienne, et tout auteur était susceptible de publier dans toute revue.
Il ny avait plus de groupe, décole, de courant, mais un entrelac de réseaux. Chaque auteur était le centre du sien, que constituaient les autres. Tous étaient à la fois auteurs, éditeurs et lecteurs les uns pour les autres. Cest à dire quavant même de connaître lordinateur, la poésie contemporaine de langue française adoptait la structure de linternet.
6. Lordinateur personnel et la PAO
Lordinateur personnel apparut donc dans une situation quil finit par favoriser, mais quil ne provoqua pas, et qui lui offrit même une certaine résistance. Il y joua un rôle plutôt « conservateur ». Il fit baisser le coût de lédition traditionnelle, tout en permettant aux éditions alternatives den adopter les critères, la présentation, les apparences, et en les incitant à limiter.
Lordinateur personnel fut donc dabord « conservateur » à double titre : en occultant la programmation sous linterface, et en ramenant à une écriture et une édition plus traditionnelles. Je pense pourtant que ce « conservatisme », superficiel et momentané, fut finalement salutaire. Le texte, lécriture, lécriture en tant quopération, finissait par se dissoudre dans les différentes tentatives des années soixante-dix.
La mise à mal du texte se retrouvait aussi bien sur les deux versants. Par la programmation de textes procéduraux, produits et exécutés sur ordinateur, comme dans lédition, où il ne devint plus possible de publier autre chose que de petits fragments sur des supports rendus plus ou moins précieux par leur production artisanale.
7. Lévolution de lécriture avec lOP
Peu à peu, et même relativement vite mais insensiblement, le fichier numérique se mit à concurrencer le manuscrit, et même le texte publié.
On ne pouvait au début sempêcher de considérer le fichier enregistré sur son disque dur ou une disquette comme un simple état virtuel de ce qui ne pouvait se réaliser que sous la forme de pages imprimées. Le « vrai » texte était sur le papier, quon relit, rature, et réécrit. Se posa alors sérieusement le problème de la synchronisation entre celui-ci et le fichier numérique, surtout quand ce dernier devint celui qui était fourni à limprimeur.
Avant, quand le texte était imprimé, on donnait le livre ou la revue, si on voulait les faire lire, ou encore on en photocopiait les pages quand ils nétaient plus disponibles. Avec lOP, il est devenu plus simple den imprimer une copie. On a pu aussi porter perpétuellement des corrections à ses écrits, et le fichier numérique finit par devenir le texte véritable, la « dernière édition ».
La question se compliqua encore, quand il fallut continuer à exploiter son travail malgré la multiplication de versions des systèmes dexploitations et des logiciels, et lorsquon se mit à séchanger directement des disquettes, voire à faire de lédition sur disquette, puis sur CD. Il fallait émanciper le fichier numérique de la machine autant que du programme.
On peut ne voir là que de petits problèmes techniques très éloignés de ceux de la littérature. On sous-estime toujours les problèmes techniques. En réalité, comme lécriture marqua la fin de la division du travail entre le sage et le scribe (ou entre le poète et laède), la PAO marque la fin de la séparation entre écriture et édition.
Lédition a toujours joué un rôle essentiel dans lécriture, et cest ce qui fait dire à certains éditeurs que ce sont eux qui font réellement les livres. Il est évident que le manuscrit dun auteur est passé au crible par un comité de lecture avant publication, et, bien souvent, des modifications sont suggérées. Lorsque le succès dun texte entraîne sa réédition, il est généralement relu, corrigé et modifié, et bien souvent de façon substantielle. Si lon pense aux successives éditions des Essais de Montaigne, on doit bien considérer lédition comme un moment de lécriture.
Cest ainsi que lordinateur se mit à avoir une incidence bien plus déterminante sur la façon dont on écrit. Il ramenait tout à la fois au texte pur et dur, tout en lassociant à la programmation et à linternet.
LOP, et la POA, rammenaient la totalité du procès décriture entre les mains de lauteur. Éditer cest ce qui le distingue de publier (on sait quaux USA notamment, les métiers deditor et de publisher sont distincts) , consiste à amener le texte à sa forme lisible, et non pas à le diffuser.
8. LOP et lédition de texte
LOP change la nature de lédition, et le terme déditeur en est venu à désigner un programme et non plus un métier. Ce troisième moment saccomplit pleinement avec linternet, et donc lédition internet. Lédition nest plus une opération qui intervient après lécriture, mais une opération indéfiniment renouvelable et donc indissociable de lécriture même. Elle devient un moment de lécriture.
En même temps, elle devient distincte de limpression, car le texte imprimé nest plus quune copie dun fichier numérique, une copie quon ne peut plus éditer, sauf au prix dun long et bien inutile travail. Le fichier numérique lui-même pose le problème de son édition, de son éditabilité, avec son émancipation du programme qui a servi à le créer.
Il devient important que ce fichier soit écrit dans un langage qui permette non seulement sa lecture et son impression, mais aussi sa modification à laide dautres programmes. Ainsi, la lecture elle-même cesse dêtre un moment autonome de lécriture et de lédition.
Linternet joue un rôle majeur dans ce troisième moment de lOP, puisque la communication directe entre ordinateurs rend pratiques et impérieux les problèmes de lisibilité, déditabilité et de compatibilité entre les fichiers, les programmes et les langages.
9. LOP et lentrelacs des réseaux
Linternet ne change pas seulement la nature de lécriture, de lédition et de la lecture, il change aussi celle de la publication : lessence de lécrit public. En fait, il labolit : il abolit la séparation entre écrit public et écrit privé.
Tout dabord, cette distinction entre écrit public et privé est une vue de lesprit. Sa nette distinction tient à celle des moyens techniques de cette communication. Quand je téléphone, je suppose ne pas être sous écoute, et si jécris dans un journal, jadmets que quiconque peut me lire, mais dans les faits, il narrive jamais que mon interlocuteur garde mes paroles secrètes, et moins encore que tout le monde lise ce que jécris.
Les notions de publication, publicité, chose publique, sont relativement récentes, un peu plus de deux siècles, ou alors très anciennes, et remontent à la cité antique. En réalité leur sens est très différent dans le monde moderne de celui quelles avaient dans le monde de la cité antique, dans lequel un discours ou un ouvrage pouvaient réellement être connus de tous les citoyens. Dans le monde moderne, une telle connaissance, ou une telle reconnaissance ne concerne en fait quun milieu, un groupe autorisé et représentatif, un groupe qui a autorité pour connaître ou reconnaître pour tous.
Publier un travail littéraire, scientifique, artistique, le rendre « public », revient en somme à se faire reconnaître et plus ou moins coopter par un tel milieu littéraire, scientifique, artistique, un milieu plus ou moins institutionnel bien quassez difficilement cernable et identifiable.
Linternet change le sens de ces notions. Il offre tout à la fois à chacun la possibilité de sadresser virtuellement à la planète entière sans médiation (le web), et celle dune communication privée (le-mail), mais il ne lui permet plus de croire que cette virtualité pourrait sactualiser, ni lui garantir la confidentialité. Il lui offre plutôt toutes les nuances possibles entre ces deux extrêmes. En fait, bien peu de ce qui circule sur le net nest public au sens où lest un journal dans un kiosque, ni privé, au sens dune lettre cachetée.
On voit les paradoxes que cela entraîne avec les anciens principes législatifs qui, en prétendant garantir aussi bien la vie privée que la liberté dexpression, les attaque en fait frontalement sur linternet.
Limmensité même du web rend irréaliste lidée de sadresser à tout le monde, et lhorizontalité des relations rend inconcevable une quelconque autorité représentative et médiatrice. Il privilégie plutôt une communication ciblée sur des personnes réelles, avec lesquelles peut à tout instant sétablir un dialogue réel, mais pas nécessairement confidentiel.
10. Une nouvelle forme de relations
Linternet se résume donc, au départ, à un procédé technique : la mise à disposition de tous de langages libres et ouverts, interprétables donc par des programmes différents et des systèmes dexploitation différents, sur tout ordinateur personnel.
Ce procédé technique permet la communication directe entre tous et entre chacun. Il ny a plus de différenciation précise entre les moyens dune communication publique et ceux dune communication privée. Il ny a plus quun nombre croissant dinternautes, dont chacun est à la fois le centre de son propre réseau tout en gravitant autour dun nombre fini dautres centres. Un nombre fini de centres crée ainsi un entrelacement infini de réseaux. Il en résulte un tissu de relations, dont limmensité ninterdit pourtant pas la proximité, et à travers lequel la transmission des idées et des connaissances peut sétendre largement et rapidement sans cesser dêtre organique.
Il y a là quelque chose de nature à bouleverser le contrat social, quelque chose de très différent des rapports humains tels quils semblent avoir toujours existé, et daussi éloigné deux que le monde du non A de Van Vogt de sa planète mère.
11. En guise de conclusion
Je voudrais maintenant mettre en évidence que les étapes qui se suivent restent toujours inscrites les unes dans les autres. Nous avons dabord une révolution du langage, de la pensée, et du signe en général. Dans un premier temps, elle nous fait oublier le texte au profit du code, puis le code au profit de linterface. Ensuite linterface nous renvoie au texte, et le texte au code. Chaque étape nourrit des illusions, mais en corrige finalement plus quelle nen produit.
Au début, après lépoque des avant-gardes de la première moitié du vingtième siècle, on a pu croire quon inventait seulement une nouvelle forme de poésie. On pouvait croire, de la même façon, quaprès les grandes élaborations des mathématiques, de la physique et de la philosophie de la première moitié du vingtième siècle, sinventait parallèlement une nouvelle technologie. Lapplication simultanée de linvention artistique et de ces techniques ramenait pourtant au plus près du signe, du langage et de la pensée.
Puis on a pu croire que lordinateur servirait aussi bien, et même mieux, des formes plus traditionnelles décriture et dédition, alors quil commençait aussi à les modifier radicalement en gommant leurs différences, tout en rappelant aux inventeurs limportance déterminante du texte.
Enfin, on a cru quil offrait un nouveau moyen de communication et de publication alors quil changeait ces paradigmes et en reportait les conséquences sur toutes les étapes précédentes.
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